des hommes parlent…

Départ…

par Reck • 13 oct 2008 • dans Nos vies d'hommes

J’ai posé l’alliance sur la table de nuit, fait pour la dernière fois ce lit qui nous a tant vus nous disputer. Ma décision est prise. D’un dernier regard circulaire, je brasse les éléments de cette chambre qui aura plus été notre calvaire que notre temple. Par habitude, je range tes dessous qui trainent dans la panière. Tiens, ce sont ceux que je t’ai offerts à Noël. Dire que tu ne m’en as jamais gratifié. Je referme la porte des larmes plein les yeux tant cette décision m’emplit déjà de nostalgie.

Je descends l’escalier vers le salon et regarde, posées sur le buffet, les photos prises l’été juste avant notre mariage. Là, je pleure, carrément. Qu’est ce qu’on était beaux ! Mais qui aurait su lire, derrière ces regards enjoués, les drames qui allaient se nouer. J’avale un café. J’ai bien fait d’avoir amené les petits à l’école. J’ai tout mon temps maintenant pour savourer cette quiétude qui m’envahit. Cette douleur aussi…

Je passe devant la chambre des petits et vais passer quelques minutes sur chacun des lits à m’imprégner de leur odeur. Je n’aurai plus jamais le plaisir de passer les embrasser ici le soir. Je me dépêche, pas la peine de se faire souffrir pour le plaisir, cela suffit !

Je pose mes clés sur l’escalier et noue mes chaussures, lentement. Je regarde mon sac qui m’attend en me demandant si j’ai vraiment tout essayé, si mon choix est sain. Je me traite d’égoïste et pense devoir rester pour les enfants. Je me ravise, me ressaisis. Non, il vaut mieux qu’ils nous aient heureux séparément. Au moins, on passera plus de temps à s’occuper d’eux qu’à se déchirer.

Je franchis la porte, enclenche l’alarme et la pousse. Le poussoir à ressort de la poignée vient de lâcher son loquet dans un dernier bruit lugubre. Je prends l’allée du jardin en direction de la voiture et te revois, en haut de l’échelle, t’acharner à la scie sur la dernière branche encore entière du cerisier. On aurait pu se la gagner cette baraque et avec, tout le bonheur qu’on avait à y prendre.

Le vent caresse mes cheveux et déjà, je respire mieux. L’air est frais et le soleil brille. Un nouvelle vie m’attend de l’autre coté de la grille. Le bonheur…. sans concession.

J’approche de la rue, j’inspire et ferme les yeux.

Je les rouvre.

Putain de réveil ! Ah tu es là …

Tu me regardes et m’embrasses. Je t’aime et me tairai…

Relu par VLR

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6 commentaires »

  1. superbe !


  2. Pour l’avoir vécu, en vrai, pas en rêve, je n’aurais pas mieux dit, mieux écrit et mieux exprimé ce que l’on ressent dans un cas comme celui-là !

    La seule chose que je dirais donc, c’est que tout ça à l’air bien trop réel pour n’être qu’un rêve et ne pas être un scénario pensé et réfléchi… ;-)

    Mais c’est superbe de réalité…. malheureusement !


  3. J’ai vécu 15 ans de ta dernière phrase. Je vis depuis le début de l’année tout le reste de ton superbe texte, qui détaille assez rapidement mais à la perfection les doutes et l’apaisement qui accompagne ce genre de décision en général mûrement réfléchie. Bravo…


  4. Très joli texte… Tout à fait réaliste, comme le souligne Jérémie.
    Il réveille une vieille angoisse familière.


  5. Merci de tous vos commentaires ! Bien entendu ce n’est pas qu’un rêve. Il y a une part de vrai, une part d’envie, une part de peur et une part d’imaginaire dans tout cela.
    Je me plait juste à penser que, dans les moments où ça ne va pas, il vaut mieux que je vienne coucher ici ces amertumes plutôt que de tout envoyer bouler pour un mauvais sentiment que je n’aurai plus le lendemain.
    Oui… parce que je suis comme ça aussi…. extrêmement sensible au chaud et froid ;-)


  6. Ouf!
    C’est vraiment un très beau texte.


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