des hommes parlent…

Dix femmes, dix leçons : Maud et Prune, ou la permission du plaisir

par Thomas • 3 déc 2008 • dans Nos vies d'hommes

Oui, le sexe, c’est bien.
Ça rend beau et jeune. Ça libère des endorphines et ça fait perdre du poids. Ça rend le poil lisse, la truffe humide et le regard vif.
Alors pourquoi ne fait-on pas l’amour plus souvent ? Ou plus intensément ? Plus librement, différemment, sans contraintes ?
Pourquoi n’ose-t-on pas se donner « la permission du plaisir », sous quelque forme que ce soit ?

Maud et Prune m’ont appris à quel point cette permission était essentielle.
Et à quel point elle pouvait embellir une nuit coquine, à trois, sous une tente surchauffée…

Maud était blonde. Comme Prune.
Et Prune sérieuse. Comme Maud.
Maud était froide et distante.
Comme Prune.
Et Prune me désirait.
Comme Maud.
Mais Maud savait également comment être charmeuse et sensuelle. Surtout lorsqu’elle voyait Prune dans mes parages et que cette dernière me serrait d’un peu trop près.
Elle s’approchait alors de moi avec cette moue boudeuse qui caractérise les filles qui voudraient bien, tout en ne voulant pas vraiment, tout en ayant vraiment mais alors vraiment envie, tout en faisant semblant de ne pas y toucher.

Et dans ces soirées étudiantes, dans ces appartements embrumés aux odeurs d’alcools et d’encens lourd, sur de confortables et larges coussins couchés à même le sol, il arrivait fréquemment que mes lèvres frôlent celles de Prune comme celles de Maud.
Souvent, l’une des deux le remarquait, et partait en claquant la porte. Avant de revenir se blottir contre moi, attendant que je la prenne par la main pour l’emmener dans une pièce plus obscure encore, et qu’à l’abri des regards j’explore lentement de mes mains puis de mes lèvres les courbes intimes et moites de son corps.

Dans la confusion de ces instants brûlants, mon esprit emballé rêvait de l’une et l’autre. Pas alternativement, mais ensemble.
Pris dans l’étau des cuisses de Maud, je rêvais des mains de Prune sur ma nuque.
Guidant le bassin de Prune vers un plaisir de plus en plus intense, je désirais sentir les lèvres de Maud sur les miennes.
Lorsque plus tard elle se recroisaient, le regard de l’une aurait suffit à figer l’autre sur place.
La tension palpable dans cet étrange relation à trois m’excitait terriblement. Mais il fallait que je trouve une manière créative de la résoudre avant quelle ne se retourne contre moi.

L’occasion m’en fut donnée un été où nous avions décidé avec quelques amis de partir à l’aventure, nos tentes sur le dos, dans un beau et chaud pays méditerranéen.
Maud et Prune étant du voyage, je m’attendais à tout.
Mais certainement pas à ce qui s’est passé.

Dès les premiers soirs, l’ambiance fut exécrable.
Si j’allais vers Maud, Prune se renfermait, et si je parlais à Prune, Maud la jalousait.
Le second soir, elles en vinrent aux petites remarques mesquines, puis quasiment à l’insulte.
Le troisième soir, mes amis me demandèrent de régler le problème ou de les ramener, l’une comme l’autre, à la frontière.

J’étais fatigué et énervé. La situation m’était devenue aussi insupportable que le choix que j’allais devoir faire.
Je les pris toutes deux par la main, et ignorant leurs grognements, les tirais vers ma tente.
Là, assis en rond, à trois dans un espace prévu pour deux, nous nous sommes regardés sans rien dire.
J’étais intrigué et curieux. Ce n’était pas de la colère ou de la jalousie que je lisais dans leur regard.
C’était une envie furieuse.
Une frustration sourde.
L’angoisse qui étreint la poitrine lorsque l’on est obligé de se retenir.
Les lèvres que l’on se mord parce que l’on n’ose pas dire, pas faire.
Pas toucher.
Pas embrasser.

Nous sommes restés là, pendant de longues minutes, à nous regarder. A essayer de comprendre ce qu’il se passait dans le silence d’une tente où l’air devenait peu à peu irrespirable.
Maud fut la première à craquer et à fondre en larmes.
Prune fut la première à l’embrasser.
Je fus le premier à lui caresser les cheveux.
Prune, à son tour, relâcha sa tension nerveuse. Pas en pleurant, mais en éclatant d’un rire communicatif, libérateur, sensuel, érotique.
Lorsque ses lèvres touchèrent les miennes, les mains de Maud étaient déjà autour de sa taille. Alors que j’enlevais le tee-shirt de Maud, Prune lui passait doucement les mains des épaules vers le bas du dos, jusqu’à lui ôter son short avec une lenteur insupportable. Pendant que je défaisais le nœud du petit de maillot de bain de Prune, Maud découvrait le goût du sel de mer sur les seins de sa nouvelle amante.

Ce n’est qu’en ôtant mon propre tee-shirt que je réalisais que quelque chose m’avait échappé.
Maud et Prune s’embrassaient avec une douceur et une délicatesse toute féminine.
Leur mains agrippaient leurs cheveux, effleuraient leurs poitrines en décrivant précisément les courbes. Leurs lèvres rythmaient leurs passions en des endroits si sensibles que seule une autre femme savait en doser précisément la pression.
Ce ballet incandescent et pourtant si délicat me fascinait. La manière dont elles se regardaient pendant quelques secondes, directement, intensément, avant de sourire doucement et de s’embrasser à nouveau…
Le frôlement de leurs hanches, bien différent de celui auquel j’étais habitué lorsque je les avais serrées contre moi … Le halètement de plaisir lorsque leurs doigts s’attardaient un peu plus longuement sur ces endroits que j’avais déjà caressé, mais jamais de la même manière…

J’ai compris à ce moment-là ce que je devais faire.
Le plus doucement possible, pour ne pas déranger leur tendre étreinte, je sortis à reculons de la tente.
J’étais sonné, mais heureux. Heureux d’avoir, d’une manière inattendue, résolu cette tension.
Et je les laissais là, à explorer la permission qu’elles venaient mutuellement de s’accorder.

Ce fut, pour elles deux, un magnifique été…

(A suivre, avec Inga et les hommes, les vrais !)

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7 commentaires »

  1. La lecture d’un article de Thomas me procure toujours presque plus de plaisir que les rêves les plus sensuels que j’ai pu faire jusque là.
    Hallucinant.


  2. Merci pour cet article, une fois encore tu écris superbement !
    j’ai hate un jour de relire la série des dix femmes d’une traite :)


  3. Fait chaud ici. très chaud.


  4. Hé ben purée…

    C’est d’autant plus troublant tout ça que j’ai terminé ce matin au petit déjeuner une nouvelle qui évoque exactement la même chose…


  5. Lire un article de Thomas procure beaucoup de plaisir, mais dans son lit c’est encore bien plus.


  6. Voila des commentaires qui me laissent sans voix !
    Je vais me contenter de sourire en rougissant un peu…


  7. Ouaw, quel sang froid.
    La déscription de la scene lesbienne est tres sensuel, sans vulgarité enfin bref c’est tres chouette a lire.
    Bonne continuation…


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